Image d’illustration (IA)
La musique est une forme d’art destinée à véhiculer des messages généralement positifs, à divertir et à instruire. Mais en Guinée, un genre de chansons gagne du terrain : celles qui prônent l’insolence et l’indécence. Certains artistes se plaisent à aborder des thématiques autour de l’amour ou de la vie sociale, mais dans lesquelles les injures et propos obscènes sont clairement audibles par tous.
Consciemment ou inconsciemment, les mélomanes reprennent ces refrains, sans se soucier de la portée négative que ces paroles peuvent avoir sur leur comportement et leur vision du monde. Et pourtant, ces chansons circulent librement, malgré l’existence d’entités chargées de réguler la production musicale. Un contributeur de la plateforme IdimiJam.com s’est intéressé à ce sujet…
« L’artiste, par son influence, est un modèle pour la société. Il distrait, sensibilise et conseille. Mais lorsqu’il se détourne de cette mission, il cesse d’être un guide pour les jeunes et devient plutôt un facteur de dérive sociale », estime Alpha Oumar Bah, enseignant et passionné de musique.
Pour certains parents, l’inquiétude est grandissante et concerne particulièrement les tout petits qui sont à la maison et accèdent librement aux contenus. « Nos enfants chantent des paroles qu’ils ne comprennent même pas, mais qu’ils mémorisent vite. Plus grave encore, ces paroles deviennent des insultes qu’ils utilisent dans les cours d’école ou à la maison », déplore une mère de famille qui a souhaité garder l’anonymat.
De leur côté, certains mélomanes indiquent que ce style de musique attire surtout par son rythme et son côté provocateur. « Honnêtement, on ne fait pas attention aux paroles. C’est le son qui nous accroche. Mais quand on y réfléchit, on se rend compte que ça influence notre manière de parler et d’agir », confie Ibrahima Camara, étudiant.
Qu’en est-il de la régulation ?
Pourtant, il y des organes qui veillent sur ces genres de pratiques afin de corriger la conduite des artistes qui se livrent à ces injures dans leur composition musicale qui a attrait au sexe, à la débauche, à la dépravation ou à l'incivisme.
Dans un passé récent, l’Office de Protection des Genres, de l’Enfance et des Mœurs (OPROGEM), interpelait des artistes ayant produit des contenus musicaux injurieux. Mais aujourd'hui, peu d’actions semblant être initiées pour contrer le phénomène.
Or, plusieurs personnes alertent sur les conséquences de cette tendance. « La répétition des injures dans la musique banalise la violence verbale et installe progressivement une culture de l’agressivité. Cela peut contribuer à la dégradation des relations sociales et à la perte de repères chez les jeunes », analyse par exemple Lamine Oularé .
Face à ce constat, certains appellent à une meilleure régulation du secteur musical et à une prise de conscience collective. « Les autorités doivent renforcer le contrôle et encourager les artistes à promouvoir des messages constructifs. Mais la responsabilité incombe aussi aux parents et aux consommateurs. Si nous refusons d’écouter et de promouvoir ces chansons, les artistes seront obligés de changer de discours. Ces artistes se disent souvent que s'ils abordent un sujet qui conseille ou qui conscientise, personne n'écoute, alors il faut parler de sujets sensibles relatifs au sexe, à l'amour pour que tout le monde s'intéresse. Le motif recherché, c'est cette ambiance qui fait vibrer tous », soutient pour sa part Daniel Léno.
La musique ne doit pas détruire la société
La musique demeure un puissant outil de communication. Mais lorsqu’elle s’éloigne de sa mission éducative et citoyenne, elle risque de transformer sa force d’influence en un danger silencieux pour la société.
Ces derniers temps, il est évident que ceux qui s'érigent en gardiens des mœurs ne contrôlent plus la situation, vu ce qui se passe ou du moins ils sont frappés par le laxisme ambiant. Des artistes, généralement proches des autorités en place, profèrent des injures dans leurs chansons et de vive voix sans pour autant être inquiétés.
Mohamed Diawara