Kindia : la rivière Takhou, entre abandon, pollution et détresse des riverains…

10 avril 2026 à 11h 00 4 mins de lecture

À Kindia, la rivière Takhou, autrefois considérée comme une richesse naturelle et une source de vie pour les populations locales, est aujourd’hui en pleine dégradation. Ce cours d’eau, qui traverse plusieurs quartiers du centre-ville de Kindia, s’est transformé au fil des années en un véritable dépotoir d’ordures, exposant les riverains à de graves risques sanitaires et environnementaux.

L’urbanisation incontrôlée, le déversement d’eaux usées et l’incivisme ont profondément altéré l’état de la rivière. À cela s’ajoutent des inondations récurrentes pendant la saison des pluies, qui aggravent la précarité des habitants vivant à proximité.

Dans le quartier Caravansérail, Aïssatou Camara, mère de famille, raconte avec émotion les difficultés auxquelles elle est confrontée. « Chaque hivernage est pour nous une période de grande inquiétude. Dès que la pluie commence à tomber fortement, nous savons déjà que nos concessions seront inondées. L’année dernière, l’eau a envahi toutes nos chambres, nos douches et la cour. Nous avons perdu des habits, des ustensiles de cuisine et une grande partie de nos marchandises. Nous avons tout essayé pour nous protéger, mais les eaux de ruissellement finissent toujours par nous atteindre. Cette année encore, nous vivons dans la peur permanente, car aucune solution durable n’a été trouvée », a-t-elle confié.

Elle poursuit en évoquant les difficultés de la saison sèche. « Quand les pluies s’arrêtent, ce n’est pas pour autant la fin de nos problèmes. L’eau stagnante dégage une odeur insupportable. Les moustiques envahissent nos maisons, surtout la nuit, et il devient difficile de dormir. Il y a aussi des serpents qui apparaissent parfois dans les concessions. Nous vivons dans des conditions très difficiles et nous demandons vraiment l’intervention des autorités », a-t-elle ajouté.

Même constat chez Sadjo Fofana, riverain de longue date, qui déplore la transformation progressive de la rivière. « Nous sommes nés ici et nous avons grandi au bord de cette rivière. À l’époque, l’eau était propre, claire et même potable. On pouvait s’y laver sans crainte et les enfants y jouaient librement. Mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. La rivière est devenue un lieu où chacun vient déverser ses ordures. Des familles ont installé des tuyaux pour évacuer directement leurs eaux usées dans la rivière. Tout cela a complètement détruit cet écosystème. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que malgré cette pollution, certaines personnes continuent d’utiliser cette eau. Elles lavent les habits et les ustensiles dedans. D’autres s’en servent pour arroser les potagers. Pourtant, ces légumes sont ensuite consommés par la population. Cela peut provoquer des maladies graves, mais beaucoup n’en sont pas conscients ou n’ont pas d’autre choix », a-t-il expliqué.

Mamadou Diallo, responsable communautaire de la zone, revient sur les tentatives d’assainissement déjà entreprises. « Il y a quelques années, nous avions pris des initiatives pour protéger la rivière. Nous avions sensibilisé les populations et installé des panneaux interdisant le dépôt d’ordures. Une équipe de jeunes était même chargée de surveiller la zone. Malheureusement, ces efforts n’ont pas duré, faute de moyens et surtout à cause du manque de civisme de certains citoyens. Des personnes venant d’autres quartiers continuent de jeter leurs déchets ici, notamment au niveau du pont entre Caravansérail et Gadha-Wawa », a-t-il souligné.

Face à cette situation alarmante, les riverains lancent un appel pressant aux autorités locales et nationales. Ils demandent des actions concrètes, notamment le curage de la rivière, la mise en place d’un système de gestion des déchets et le renforcement des campagnes de sensibilisation.

Aujourd’hui, la rivière Takhou, autrefois symbole de vie, est devenue une source d’inquiétude pour les populations. Sans une intervention rapide et coordonnée, elle risque de se transformer définitivement en un danger sanitaire et environnemental pour toute la ville de Kindia.

Dobo Zoumanigui

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