Repos biologique en Guinée : préserver le poisson, au prix d’une saison difficile pour les pêcheurs

28 août 2026 à 11h 48 5 mins de lecture

Le ministère de la Pêche et de l’Economie Maritime a annoncé que le repos biologique qui a débuté le 1er juillet prendra fin le 31 août 2026. Pendant toute la durée de cette campagne, les activités de la pêche industrielle et semi-industrielle sont suspendues dans la zone comprise entre la ligne de base et les 60 milles marins.

C’est une mesure pour favoriser un environnement maritime bon pour la régénération halieutique, favorable, en d’autres termes, à la reproduction des espèces marines. Les autorités en charge de la pêche rassurent, quand-même, de la disponibilité effective d’une quantité suffisante de poissons frais dans les lieux de stock bien congelés et toutes autres mesures d’accompagnement relative aux importations de poisson pour couvrir les besoins des citoyens jusqu’à la reprise des activités.

Voulant connaître les raisons qui ont permis aux autorités d’observer ce repos biologique qui correspond justement à deux mois (juillet et août) de chaque année. Moussa Keïta, biologiste des ressources marines au Ministère de la Pêche et de l’Economie Maritime évoque l’importance du repos biologique.

Il souligne qu’il a été constaté au début du 21e siècle qu’il y’a eu une baisse considérable des ressources halieutiques au niveau du golfe de Guinée. Selon lui, le golfe de Guinée s’étend du Royaume du Maroc jusqu’en Angola, en passant notamment par la République de Guinée.

 « Les autorités de pêches de ces pays, y compris avec les partenaires internationaux (Union européenne) et FAO), ont décidé de prendre des mesures idoines dans le cadre de la préservation de la ressource. Surtout que cette ressource fait partie des aliments de base et facilement accessibles par les populations », a rappelé Moussa Keïta, avant d’ajouter les préoccupations majeures liées aux espèces marines. « Cette baisse de ressource était causée par les ponctions de la ressource de façon sauvage par les navires autorisés et non autorisés et les statistiques n’étaient pas suivies de façon correcte par les Etats. Compte tenu de ces constats alarmants, il a été décidé par les pays côtiers de prendre des mesures dures allant dans le sens de la sauvegarde de la ressource pour les générations actuelles et futures. Surtout qu’il y avait des pays - comme le Sénégal qui était un grand pays de pêche - qui n’avait presque plus de ressource », a-t-il ajouté.

La pêche artisanale paralysée par la pluie

La pêche artisanale n’est pas concernée par les mesures restrictives dues au repos biologique. C’est elle qui va alimenter les citoyens en poissons frais pendant cette période. Mais, les pêcheurs de cette filière ne tarissent pas de plaintes. 

Au port de pêche de Kaporo, dans la banlieue nord de Conakry, de nombreux pêcheurs sont actifs. Mais les grandes pluies, les vents qui soufflent en haute mer et les vagues qu’ils génèrent paralysent actuellement la pêche artisanale. 

Repos biologique en Guinée : préserver le poisson, au prix d’une saison difficile pour les pêcheurs

Les pêcheurs qui sortent en haute mer disent qu’en temps normal, une barque revient de la mer avec une quantité suffisante, entre 15 et 20 casiers de poissons. En cette saison des pluies, c’est avec à peine 5 casiers qu’ils reviennent. Et pour arrondir les angles, les pêcheurs sont obligés d’augmenter le prix du poisson. A cela s'ajoutent les autres difficultés qu’ils rencontrent tels que le vent, les fortes pluies, les cailloux et des déchirures de filet de pêche. 

Malgré ces intempéries, Lansana  Bishri Touré continue de pêcher. Depuis 12 ans , il est pêcheur au port de pêche de Bonfi, dans le sud de la banlieue de la capitale guinéenne. Il est munis de filets à aiguille,  tissant et raccommodant son filet de pêche avant sa prochaine sortie en mer. Au cours des échanges, il nous a confié avoir rencontré des difficultés pendant cette campagne de repos biologique. « Pendant cette saison des pluies, nous rencontrons des difficultés en mer. D’abord notre difficulté majeure c’est le vent qui souffle et cela ne nous permet pas de pêcher une quantité suffisante ou nous rentrons au débarcadère les barques vides. Même le prix du carburant, parfois, c’est difficile de l’avoir », a confié ce pêcheur artisanal.

Les vendeuses attendent le débarquement en quête du poisson. Les cales rentrent presque vides, le poisson devient rare. Et le prix, lui, s'envole. Elles sont obligées d’acheter plus cher le poisson pour avoir, disent-elles, de quoi nourrir leurs familles. Parmi ces dames, Aminata  Soumah, vendeuse, dit qu’elle paie cher le kilo de poisson. « Actuellement, les pêcheurs nous ramènent moins de poissons. Nous venons passer des journées tous les jours. Et parfois, nous n’avons rien ; alors que nous avons des enfants qui s’appuient sur nous. Ils espèrent que nous allons rentrer leur servir des plats qu’ils souhaitent manger le soir. Mais parfois, c’est pas gagné (...) Au pire, nous achetons des tas de poissons à des prix exorbitants. Ces prix varient entre 150 000 et 200 000 francs. Parfois, plus. Par la suite, nous les revendons pour avoir des bénéfices qui ne nous arrangent pas. Mais nous n’avons pas le choix », a confié cette vendeuse de poissons.

Fodé Touré

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