À Banankoni, un village situé dans la commune rurale de Karifamoriah, dans la préfecture de Kankan, se perpétue un savoir-faire familial autour de la prise en charge traditionnelle des personnes souffrant de fractures. Cette pratique, qui repose notamment sur la récitation de paroles incantatoires, est jalousement gardée au sein d’une famille bien connue dans la contrée.
Derrière ce savoir-faire ancestral, se trouve Ansa Kéita. Depuis plusieurs années, cet homme consacre son temps à la prise en charge traditionnelle des personnes victimes de fractures. Il dit avoir appris cette connaissance après avoir lui-même été confronté à la situation de ses enfants. « Mes trois enfants ont été victimes de fractures. Je les ai envoyés chez M’bemba Kabinet à Fallia, qui les a soignés. Je suis ensuite resté à ses côtés pendant trois ans avant qu’il ne me transmette tout ce savoir-faire », raconte-t-il.
Aujourd’hui, en raison de son âge avancé, Ansa Kéita transmet progressivement ce savoir-faire à son fils, Siaka Kéita. Malgré sa fragilité, le vieil homme se rend chaque matin auprès des malades, appuyé sur sa canne, afin de suivre personnellement l’évolution de leur prise en charge. « J’étais seul depuis plusieurs années et mon fils était à mes côtés. Aujourd’hui, c’est lui qui s’occupe des malades », explique-t-il.
Désormais dépositaire de ce savoir-faire familial, Siaka Kéita est à pied d’œuvre chaque matin. Dès les premières heures de la journée, il sillonne les différents coins du village pour suivre l’évolution de ses patients. « C’est mon père qui m’a transmis ce savoir et je l’exerce comme il me l’a recommandé. Pour le traitement, le patient amène un coq et dix noix de cola. Nous ne prenons pas d’argent avec les malades », souligne-t-il.

À Banankoni, les patients viennent de plusieurs localités de la Guinée et de la sous-région. Parmi eux figure Aly Kourouma, victime d’un éboulement dans une mine artisanale d’or il y a deux ans. Selon son témoignage, il est arrivé au village alors qu’il ne pouvait pas se tenir debout. Depuis son arrivée, il affirme avoir progressivement retrouvé l’usage de ses membres inférieurs. « Quand j’ai été victime de cet éboulement, je ne pouvais pas me tenir debout. Mais depuis que je suis là, le traitement me va et aujourd’hui, je peux désormais me tenir debout », témoigne-t-il.
À quelques pas de là, Moussa Kanté, victime d’un accident de la circulation, vient tout juste d’être admis pour une fracture à la jambe gauche. « Quand je suis arrivé ici, j’ai bénéficié d’un traitement et je ressens un changement drastique au niveau de ma jambe », indique le patient.
Dans ce village de Karifamoriah, situé à quelques kilomètres de la commune urbaine de Kankan, l’affluence des patients est importante. Selon les responsables du lieu, plus d’une centaine de malades y suivent actuellement une prise en charge. Une forte fréquentation qui n’est pas sans conséquence sur les conditions d’accueil.

Faute d’infrastructures suffisantes au sein de la famille, plusieurs habitants du village accueillent des malades dans leurs concessions. « Plusieurs patients sont accueillis par nos parents. Mais il y a un manque criard d’abris. J’ai avec moi deux malades qui suivent le traitement », précise Moriba Kéita.
Malgré la solidarité de la communauté, plusieurs patients vivent dans des conditions précaires. Certains passent la nuit à la belle étoile, tandis que d’autres sont installés dans des abris de fortune.
Au-delà de la transmission d’un savoir-faire familial, l’affluence observée à Banankoni témoigne de l’intérêt que cette pratique traditionnelle continue de susciter auprès de personnes venues de différentes localités de la Guinée et de la sous-région.
Michel Yaradouno