La préfecture de Beyla, située au sud-est de la Guinée, en plein coeur de la région forestière, est une localité dont les populations ont pour activités principales l’agriculture et le commerce. Depuis trois ans, la préfecture est un endroit stratégique pour le pays grâce au mégaprojet Simandou tant chanté par les autorités qui ont succédé au régime de l’ancien président Alpha Condé. Sur place, l’éducation des jeunes filles prend une ascension ces dernières années, selon plusieurs acteurs impliqués dans le secteur que des contributeurs d’IdimiJam.com ont interrogés.
Au centre-ville, une trentaine d’écoles publiques et privées sont construites. Chaque matin, filles et garçons en tenue scolaire prennent les chemins des différentes écoles de la ville. Dans la majorité des salles de classes visitées à l’école primaire centre 1, la première image qui tape à l’œil du visiteur est le nombre croissant de jeunes filles en classe. Avec des sourires aux lèvres, elles sont sûres que leur avenir repose sur ce chemin et non sur les mariages précoces ou le petit commerce, assure un des responsables de l’école. « Nous avons un effectif de 755 élèves dont 397 filles soit 52% de nos apprenants. Je pense que les parents ont commencé à comprendre l’avantage de la scolarisation de la jeune fille. Le monde actuel est devenu un univers scientifique. Ce ne sont plus les mariages forcés ou le commerce qui constituent l’avenir d’une fille. Les petits commerces ne suffisent plus. Et, donc, le meilleur chemin pour assurer le présent et le futur de ces filles reste l’école. C’est ce que nous avons toujours dit et heureusement que le message commence à être saisi par nos parents », se réjouit l’archiviste Youssouf Mataly Camara.
La dynamique est aussi constatée par la direction préfectorale de la femme, de la famille et de la solidarité de Beyla. Sur place, ce résultat ne surprend guère. Il serait le fruit des différentes séances de causeries éducatives organisées dans les ménages et autres lieux de regroupement en faveur de la scolarisation des filles. Pour Marc Yombouno, le premier responsable de la direction, des initiatives sont en cours pour augmenter cette proportion. « C’est un objectif de notre département, notamment la scolarisation et le maintien des jeunes filles à l’école. Actuellement, il y a beaucoup d’avancées car nous sommes passés à un peu plus de 30% de scolarisation des jeunes filles pour se retrouver à 58% dans notre juridiction. Cela est le résultat des efforts de l’Etat et de l’ensemble des partenaires techniques et financiers qui évoluent dans la préfecture. Le poids des mœurs, l’ignorance, les mariages précoces et la pauvreté ont beaucoup impacté la scolarisation des jeunes filles. Aujourd’hui, la synergie d’action fait que ces pratiques commencent à être de lointains souvenirs. Nous sommes dans une zone stratégique avec le projet Simandou. C’est pourquoi nous sommes régulièrement sur le terrain, en sensibilisation, pour éviter que nos filles se dirigent vers les sites miniers au détriment de l’école », a indiqué notre interlocuteur.
Dans les prochains jours, d’autres stratégies seront implémentées pour maintenir ce cap, promet le directeur. « Nous sommes en train de mettre dans les écoles les clubs des enfants. Ces entités vont nous aider en termes de sensibilisation et de veille citoyenne dans les établissements. Ils seront là aussi pour nous alerter de tout abandon scolaire des filles », a conclu Marc Yombouno.
Les acteurs de la société civile locale observent de près le niveau de scolarisation des jeunes filles à Beyla. Reconnu pour son engagement et sa détermination en faveur des filles et femmes, le Club des jeunes filles leaders de Guinée, à travers son antenne préfectorale de Beyla se félicite aussi du taux élevé de scolarisation des filles dans la préfecture, observé ces derniers temps. Toutefois, la présidente de l’antenne regrette les disparités constatées entre filles et garçons au niveau du secondaire. « Il y a une grande prise de conscience des parents sur l’importance de la scolarisation des filles. Ce qui nous préoccupe maintenant, c’est le fait que beaucoup de ces filles ne terminent pas toujours les études à cause de problèmes comme les mariages précoces, les grossesses précoces. C’est là le problème. Et c’est cette tendance qu’il faut inverser à travers des actions plus concrètes, notamment en encourageant les filles en situation de classes », a estimé Aissata Kanté.
Malgré les défis persistants, Beyla apparaît aujourd’hui comme un exemple encourageant de transformation sociale en Guinée forestière. L’augmentation significative du taux de scolarisation des jeunes filles témoigne d’un changement progressif des mentalités et d’une mobilisation collective efficace. Toutefois, l’enjeu dépasse désormais l’accès à l’école : il s’agit de garantir le maintien et la réussite des filles tout au long de leur parcours éducatif.
C’est à ce prix que la préfecture pourra consolider ses acquis et faire de l’éducation des filles un véritable levier de développement durable, notamment dans un contexte marqué par les mutations économiques liées au projet Simandou.
Michel Yaradouno et Nadège Loua