À Guéckédou, dans la région administrative de N’Zérékoré, en Guinée forestière, l’Association pour le bien-être des personnes handicapées de Guéckédou (ABPHG), installée aux abords de la Maison des jeunes de la préfecture, est confrontée à une menace de déguerpissement liée à la reprise des travaux de rénovation dudit batiment. Pour ses membres, la perspective de perdre leur espace de regroupement et de travail suscite de vives inquiétudes. Ils appellent les autorités à trouver une solution adaptée à leur situation.
Le chantier de rénovation de la Maison des jeunes de Guéckédou remet en cause la présence des occupants installés aux abords de cet espace public. Parmi eux, figure l’Association pour le bien-être des personnes handicapées de Guéckédou, qui revendique aujourd’hui plus de 500 membres.
Pour ces personnes vivant avec différents types de handicap, l’enjeu dépasse la simple occupation d’un terrain. Leur présence sur ce site leur permet de se retrouver, d’exercer de petites activités génératrices de revenus et de préserver leur autonomie. « Si nous sommes chassés d’ici, où irons-nous ? C’est en 2002, après la rébellion de 2000, que les autorités de l’époque nous ont aidés à obtenir cet emplacement, avec tous les documents nécessaires. La GTZ a construit ce petit bâtiment pour nous, puis Première Urgence a réalisé un hangar et deux latrines », explique Faya Étienne Malano, président de l’association.
Selon lui, l’association ne comptait alors que 12 membres. Elle en rassemble désormais plus de 500, dont certains pratiquent différents métiers pour subvenir à leurs besoins. Couture, broderie, informatique, coiffure, saponification et réparation de téléphones et de postes radio figurent parmi les activités exercées sur le site.

« Tout cela, c’est pour éviter la mendicité », souligne le président, qui voit dans ces initiatives un moyen de favoriser l’autonomie des personnes vivant avec handicap et leur participation à la vie sociale.
Des conditions de vie de plus en plus difficiles
Au-delà de la menace de déguerpissement, les membres de l’association dénoncent la dégradation de leurs conditions de vie sur le site. Faya Étienne Malano affirme qu’un délai de 72 heures leur a été accordé pour quitter les lieux, à la suite de la reprise des travaux de rénovation.
Les latrines utilisées par les membres de l’association ont déjà été démolies, aggravant les difficultés quotidiennes, notamment pour les personnes à mobilité réduite et les personnes non-voyantes. « La dernière fois, le procureur nous a donné 72 heures pour quitter les lieux, parce que les travaux de rénovation de la Maison des jeunes ont repris. Nos latrines ont déjà été démolies. Compte tenu de notre situation, certains d’entre nous ont des difficultés à se déplacer, tandis que d’autres sont non-voyants. Actuellement, nous sommes obligés d’utiliser des pots pour nos besoins naturels, avant de les vider en rentrant chez nous », déplore-t-il.
Face à cette situation, le président de l’association demande aux autorités de réexaminer leur décision et de leur permettre de rester sur place, faute de solution de relogement.
Un appel à l’accompagnement de l’État
Les difficultés des personnes vivant avec handicap de Guéckédou ne se limitent pas à la question de leur maintien sur le site. L’association fait également face à un manque de moyens de déplacement, de béquilles, de lunettes et de matériel nécessaire à l’exercice des activités professionnelles de ses membres. « Il est vrai que l’État ne nous abandonne pas, mais aujourd’hui, nous avons besoin de moyens de déplacement, de béquilles, de lunettes et surtout de matériel de travail. C’est ce qui nous permettra d’être utiles et autonomes, aussi bien au sein de nos familles que dans la société », plaide Faya Étienne Malano.
Lieu de rencontre et de vie citoyenne, la Maison des jeunes de Guéckédou occupe une place importante dans la vie communautaire. La rénovation de cet espace public soulève toutefois la question de la prise en compte des personnes vulnérables qui dépendent des installations environnantes pour leurs activités quotidiennes.
Pour les membres de l’Association pour le bien-être des personnes handicapées de Guéckédou (ABPHG), l’urgence est désormais de trouver une solution qui concilie les travaux d’aménagement et le respect de leurs droits, de leur dignité et de leur autonomie. Ses membres espèrent que les autorités compétentes prendront en considération leur situation afin d’éviter qu’une opération de déguerpissement ne les prive de leur lieu de regroupement et de leurs moyens de subsistance.
Niouma Lazare Kamano