À Beyla, le célèbre cours d’eau Bembeya gravement menacé par les pressions humaines

26 mars 2026 à 10h 32 5 mins de lecture

Située en Guinée forestière, dans la région administrative de N’Zérékoré, la préfecture de Beyla est confrontée à une réalité environnementale de plus en plus préoccupante. Les ressources naturelles locales, essentielles à l’équilibre des écosystèmes et à la survie des communautés, subissent une pression anthropique croissante. C’est le cas du célèbre cours d’eau Bembeya, véritable poumon bleu de la localité.

À la faveur d’une immersion sur le terrain, une équipe d’IdimiJam.com a constaté l’état de dégradation avancé du Bembeya. Le constat est alarmant. Le cours d’eau est devenu un réceptacle d’ordures, envahi par les déchets plastiques et fragilisé par une exploitation anarchique de ses berges.

Sur place, le paysage est désolant. Des monticules d’ordures ménagères longent les abords de la rivière. Des sachets plastiques, devenus un véritable fléau écologique, obstruent le lit du cours d’eau et entravent l’écoulement naturel de l’eau. La végétation ripariale, qui joue habituellement un rôle de protection des berges, a été sérieusement affectée par des coupes abusives. L’ensemble donne l’image d’une nature étouffée sous le poids des activités humaines.

Face à ce désastre silencieux, des habitants tirent la sonnette d’alarme. Mory Traoré, citoyen de Beyla rencontré sur les lieux, décrit avec gravité l’ampleur de la situation. « Il faut qu’on dise aux citoyens que ce cours d’eau Bembeya est complètement dégradé par des actions anthropiques. Tout a commencé par le jet des ordures, la coupe abusive des bois (…) Pratiquement, tout est bouché, impossible même pour l’eau de couler normalement. Quand vous marchez le long du cours d’eau, c’est vraiment déplorable. La dégradation est visible partout sur les berges : les ordures ménagères ça et là. Ils viennent jeter n’importe comment ici. Parfois même, je suis obligé d’évacuer les ordures pour permettre à l’eau de passer. Nous ne pouvons plus rester silencieux face à cette destruction qui avance à grande vitesse. J’appelle tous les citoyens, jeunes comme adultes, à prendre conscience que protéger le Bembeya, c’est protéger notre propre avenir. Nous devons changer nos habitudes, responsabiliser nos familles, participer aux actions de nettoyage, interpeller nos autorités et exiger des politiques claires de gestion des déchets. Si nous ne réagissons pas maintenant, nous serons complices de la disparition d’un patrimoine que nous aurions dû transmettre intact à nos enfants », déplore-t-il.

Notre équipe s’est ensuite rendue à la Direction préfectorale de l’environnement pour recueillir l’avis des autorités. Harouna Condé, chef de section Pollution, Nuisances et Changement climatique, analyse les causes de cette dégradation. « Quand vous prenez le cours d’eau Bembeya, c’est parce que nous n’avons pas eu de politique digne de ce nom dans le cadre de la gestion des ordures. Tous ces déchets aujourd’hui sont déversés dans le cours d’eau Bembeya. Et ce qui est pire, ce sont les sachets plastiques, les déchets plastiques : le cours d’eau est complètement asséché par ces déchets. En dehors de ça, il y a aussi les gens qui font la lessive autour de ce cours d’eau », explique-t-il.

Il lance également un appel à la population : « J’exhorte la population à bien gérer les déchets, à protéger l’environnement et à faire une large sensibilisation ».

Non loin de là, sur les berges, des jeunes lavent des véhicules et des motos. Cette activité, bien que génératrice de revenus, contribue aussi à la dégradation du site. Moussa Camara, l’un des jeunes rencontrés, reconnaît le paradoxe de sa situation.

« C’est ici que nous lavons des véhicules, des motos et autres pour gagner notre pain quotidien. Mais nous constatons une dégradation très alarmante avec les ordures, des habits usés et d’autres déchets, notamment les plastiques. Et si ce cours d’eau disparaît, notre activité sera vraiment anéantie ici. En tant qu’habitant de Beyla, je suis profondément inquiet de voir notre cours d’eau Bembeya dépérir de jour en jour sous nos yeux, sans qu’aucune action forte ne soit engagée. Ce cours d’eau n’est pas seulement un simple point d’eau : c’est une source de vie, un patrimoine naturel, un espace qui nourrit des générations entières. Aujourd’hui, il est devenu le miroir de notre négligence collective. Les déchets plastiques, les dépôts d’ordures, la coupe du bois, le lavage anarchique des véhicules… Tout cela traduit un manque criant de civisme et de contrôle », tranche le jeune homme.

À Beyla, le célèbre cours d’eau Bembeya gravement menacé par les pressions humaines

Très préoccupé par l’accélération du phénomène, Mory Traoré lance un ultime appel à l’endroit des décideurs. « Nous lançons un appel pressant aux autorités et aux services de l’environnement. Le cours d’eau Bembeya est en train de disparaître sous nos yeux. Les pollutions, les exploitations anarchiques et le manque de contrôle sont en train de tuer notre rivière. Nous demandons une action immédiate avant qu’il ne soit trop tard », lance-t-il.

Entre absence de politique publique efficace de gestion des déchets, pression économique et déficit de civisme, le cours d’eau Bembeya cumule les agressions et voit son avenir s’assombrir.

Facely Sanoh et Sékou Sy Savané

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