A Conakry, les premières pluies relancent la question sur la gestion des déchets

5 juin 2026 à 13h 03 4 mins de lecture

Les premières pluies de la saison hivernale se sont abattues sur Conakry ces derniers jours. Encore timides, elles suffisent pourtant à réveiller un problème que les habitants de Conakry connaissent trop bien : celui des déchets accumulés dans les caniveaux le long des routes.

Chaque année, depuis des décennies, le retour de la saison des pluies produit le même spectacle. Les caniveaux, encombrés de déchets accumulés pendant la saison sèche, débordent au moindre épisode pluvieux et transforment certaines rues de la capitale guinéenne en véritables dépotoirs à ciel ouvert.

Samedi 23 mai 2026, des ordures jonchaient plusieurs artères de la capitale. Elles ont été charriées par les eaux de pluie qui ont fait déborder des caniveaux saturés de déchets. A Fossidet dans la commune de Sonfonia, dans la banlieue nord de la ville, les ordures se sont transportés sur le goudron, bloquant une partie de la route. A Dixinn, habitants et conducteurs de vehicules motorisés ont dû affronter des eaux noirâtre, traînant des déchets que les caniveaux n'ont pas pu retenir longtemps. 

A Conakry, les premières pluies relancent la question sur la gestion des déchets

Cette situation, bien que déplorable, est le résultat d'une gestion des déchets qui reste, à ce jour, insuffisante au regard des besoins d'une ville de plus de 2,5 millions d'habitants.

Des causes connues, des responsabilités partagées

Les causes de cette insalubrité notoire ? Elles sont multiples.  D'abord, il ya la défaillance d'un système de collecte régulier et accessible dans tous les quartiers. Ce qui pousse beaucoup d’habitants de Conakry à déverser encore leurs ordures dans les caniveaux ou en bordure de route. Cet acte, bien que incivique, reflète toutefois souvent l'absence d'alternative. 

Ensuite les infrastructures. Souvent, les citoyens font face a des caniveaux presque mal entretenus et parfois mal conçus (ouverts et permettant d'y jeter des ordures alors qu'ils ne sont pas dimensionnés pour absorber à la fois les eaux de pluie et les déchets solides qui s'y accumulent). 

L'autre difficulté réside dans la coordination institutionnelle fragmentée entre les communes, la ville et les services de l'État. Ce qui rend difficile toute réponse cohérente à l'échelle de la capitale guinéenne.

Des efforts existent, mais restent insuffisants 

Des journées d'assainissement, des initiatives citoyennes et d'ONG organisées ponctuellement dans la capitale et à l'intérieur du pays sont autant d'actions qui existent et qui sont censées rendre la ville propre. Des opérateurs privés assurent également une collecte dans certains quartiers, principalement les plus accessibles. Des campagnes de sensibilisation sont menées, notamment par des organisations de la société civile. Mais ces initiatives restent toutes insuffisantes, sous-financées et trop souvent concentrées sur les zones les mieux loties de la ville, laissant de côté les quartiers périphériques où la densité de la population est pourtant très forte.

Comment changer la donne ?

La généralisation de la collecte de proximité dans tous les quartiers, y compris les plus enclavés, en s'appuyant sur des structures communautaires locales déjà en place serait un premier pas. Ensuite, poursuivre la réhabilitation et le curage des caniveaux régulièrement, surtout avant chaque saison des pluies, grâce à une planification et un budget dédiés. 

Il faudrait aussi impliquer davantage les autorités locales dans un plan de gestion des déchets, avec des objectifs mesurables et un suivi transparent.

La saison des pluies ne crée pas le problème de la gestion des déchets à Conakry. Elle le révèle, chaque année, avec une régularité qui devrait finir par appeler une réponse à la hauteur du défi !

Elisabeth Zézé Guilavogui

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